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Affaire des marchés "pipés"
: la réponse de Collomb
La semaine dernière, Patrick
Bertrand, vice-président démissionnaire, dénonçait
dans Lyon Capitale les "marchés pipés"
du Grand Lyon. Gérard Collomb n'a pas souhaité
réagir directement. Il a en revanche fait monter
au créneau le directeur général du
Grand Lyon, Benoît Quignon. Ce dernier nous a expliqué
que Collomb l'avait chargé de nous répondre
"d'un point de vue technique, avant tout débat
politique". Résumé de ses réponses
aux principales critiques de Bertrand.
À propos des "marchés
pipés"
Patrick Bertrand affirme qu'on connaît d'avance les
bénéficiaires des deux derniers gros marchés
à concession à attribuer pendant le mandat
de Collomb : Eperly pour Teo, et Olivier Ginon, patron de
GL Events et grand ami du maire, pour la salle 3000. Sur
Teo, Quignon rétorque : "C'est un procès
d'intention. Teo (BPNL) sera attribué fin octobre.
Vous verrez ce qui se passera." Quant à la salle
3000, Collomb a décidé la semaine dernière
de relancer la consultation sur ce dossier. Quignon explique
: "La commission a pris connaissance lundi matin des
candidatures. Il se trouve qu'il n'y avait que deux candidats,
dont un sans expérience qu'il fallait éliminer.
Plutôt que d'entamer les négociations avec
un seul candidat [GL Events en l'occurrence, ndlr], nous
avons préféré relancer la consultation."
Il y a quinze jours, GL Events était donc effectivement
en position de l'emporter sans difficulté. On ne
peut que se féliciter de cette réouverture
du marché.
À propos des "sortants
toujours reconduits"
Patrick Bertrand fait le constat que sur tous les gros
marchés passés au Grand Lyon sous Collomb,
les sortants ont été systématiquement
reconduits. Bertrand y voit un signe de faible résistance
au lobbying et s'inquiète surtout de la perte de
crédibilité du Grand Lyon dans la mise en
concurrence. Benoît Quignon répond : "Si
le sortant est le meilleur, on n'est pas maso ! Certains
ont fait de gros efforts pour ne pas perdre des marchés
"historiques" et donc symboliques pour eux. Collomb
a eu le mérite de casser des choses bancales, de
relancer la concurrence et d'obtenir de meilleurs contrats.
Ce qui compte, ce n'est pas le nom du gagnant, mais la qualité
et le prix du service rendu."
À propos des "amis
de Collomb" candidats à des marchés
Patrick Bertrand estimait que Collomb ne devrait pas accepter
certaines invitations privées de candidats à
de gros marchés. Sur ce point, Quignon est sibyllin
: "Je n'ai pas à vous répondre là-dessus."
À propos des 500 millions
de francs "disparus"
D'après Patrick Bertrand, Veolia (ex-Générale
des Eaux), a mis de côté depuis vingt ans près
de 500 millions de francs, pour des travaux futurs. Sauf
qu'on n'est plus très sûr que l'argent sera
bien réinvesti dans le réseau lyonnais. Quignon
précise : "On partage la même analyse
avec Bertrand, mais je tiens à faire savoir que le
Grand Lyon n'a pas été inactif sur ce dossier.
On a stoppé l'hémorragie et on a entamé
des démarches, qui pourraient déboucher sur
un contentieux."
À propos du "gaspillage"
sur les travaux de voirie
Patrick Bertrand reproche à Collomb d'avoir réinstauré
un partage des petits travaux de voirie entre les trois
gros du BTP (Eiffage, Bouygues et Vinci), au détriment
des contribuables et des PME indépendantes. Quignon
reconnaît que les prix ont augmenté, mais conteste
l'ampleur du gâchis calculé par Bertrand :
selon Quignon, le Grand Lyon ne perd dans l'histoire que
2 millions d'euros par an, et non 10 ou 15. Et pour lui,
il n'y a pas de partage : "Ce n'est pas parce que ces
marchés se répartissent en trois tiers, que
ce sont ces trois groupes qui tirent les ficelles. En réalité,
ces entreprises apparaissent rarement sous leur nom, mais
à travers des PME plus ou moins autonomes, parfois
concurrentes entre elles. Je ne pense pas que ces trois
groupes répartissent les marchés entre leurs
propres sociétés. Ce serait d'ailleurs illégal."
Raphaël Ruffier
Réactions
La droite demande des comptes
Dominique Perben (UMP), ministre des Transports
: "J'estime préoccupantes les dissensions qui
apparaissent de nouveau au sein de la majorité du
maire de Lyon. Deux des lieutenants de Gérard Collomb
mettent en cause son système. étienne Tête
dans le cadre des rémunérations au Sytral
[affaire Rivalta, ndlr] et Patrick Bertrand dans le cadre
des marchés du Grand Lyon. Sans préjuger de
ces accusations, Gérard Collomb ne peut rester silencieux.
Il a le devoir de répondre aux questions posées
vis-à-vis des électeurs et des contribuables."
Patrick Huguet, président du groupe UMP
à la ville de Lyon, maire du 3e arrondissement :
"C'est un coup de tonnerre ! Le plus important, c'est
que Collomb réponde à ces accusations. Le
fait qu'il fréquente des gens qui concourent à
des marchés, ça reste maladroit. Ou alors
il faut aller faire du bateau et du ski avec tous les candidats
! (...) La question que Bertrand laisse en suspens, c'est
: pourquoi ? Est-ce que le manque de rigueur sur certains
marchés au Grand Lyon permet de négocier d'autres
opérations importantes pour le plan de mandat ?"
Amaury Nardone, président délégué
du groupe milloniste à la ville de Lyon : "Patrick
Bertrand met en cause toute l'institution. Collomb ne devrait
pas se taire. Nous poserons des questions."
Jean-Michel Daclin (app. PS), adjoint au Rayonnement
international : "Je réagis de façon très
violente. Nous avons remis à plat, en partie grâce
à Bertrand d'ailleurs, des marchés, et on
a obtenu des améliorations de prix ou de services.
C'est vrai sur l'eau, le chauffage ou Vélo'v ! Bertrand
se plaint qu'on reconduise les sortants. Personnellement,
sur le chauffage urbain, j'ai voté pour le sortant,
car il était plus fiable et moins cher. Sur les TCL,
il n'est pas content parce qu'on a pris en compte le fait
que le sortant, Kéolis, apportait dans la corbeille
la délocalisation de son siège social. Moi,
ça ne me choque pas."
2 questions à Yvan Stéfanovitch,
journaliste *
"Lyon est une anomalie"
Vous êtes l'auteur de l'Empire de l'eau (Ramsay),
une enquête passionnante sur la mainmise de quelques
sociétés sur les marchés publics en
France. Vous nous avez contacté après l'enquête
de Lyon Capitale sur les marchés du Grand Lyon. Comment
avez-vous eu connaissance de cet article ?
J'ai acheté le journal à la gare de Perrache,
en allant à la Fête du livre de Saint-étienne.
Mais on m'avait déjà parlé de votre
enquête à Paris en milieu de semaine. Je peux
vous dire que ça circule ! Patrick Bertrand est un
homme qui connaît bien la question. Il décrit
bien la ville de Lyon et le fait que cinq puissantes sociétés
se partagent les marchés publics, en faisant savoir
à tous les concurrents potentiels qu'ils n'ont pas
intérêt à venir, car ça leur
coûtera cher et qu'ils n'ont aucune chance. J'ai rencontré
des candidats qui ont perdu sur certains marchés
à Lyon. Ils me disent que Veolia (ex-Générale
des Eaux) n'a jamais été aussi puissante sur
la région qu'aujourd'hui.
Quel est votre diagnostic sur Lyon ?
Les marchés, sur la région de Lyon, portent
l'empreinte d'un oligopole puissant, de cinq sociétés
qui se partagent le marché. Ce qui se passe à
Lyon est une anomalie, à l'inverse de toute la France
: aucune ville n'a un marché autant contingenté
! Même à Paris, il y a des soupapes de sécurité.
Tandis qu'à Lyon, c'est fermé. C'est paradoxal,
car le maire de Lyon Herriot (1905-1957) était le
pape des régies municipales. Mais la gestion de l'eau
a été déficiente, au point qu'en 1963,
les Lyonnais ont été privés d'eau à
cause du gel. La Compagnie Générale des Eaux
(CGE) en a profité pour reprendre une à une
toutes les villes de l'agglomération, selon une tactique
de jeu de go. C'est le fruit d'un travail énorme
pendant quinze ans d'un homme, Zacharias. Il arrive à
Lyon dans les années 70 et il passe son temps à
déjeuner avec les élus. à Lyon, vous
avez la CGE dans toute sa splendeur, celle des relations
d'amitié très fortes et de la franc-maçonnerie.
Ils connaissent tout le monde ! Vous remarquerez d'ailleurs
que les élus de droite ne sont pas très dynamiques
sur ce sujet...
Propos recueillis par R.R.
* Ancien spécialiste des affaires de police et
de justice à l'AFP, puis à VSD, il est aujourd'hui
indépendant et collabore notamment avec Paris Match
et le Canard enchaîné.
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