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Déclaration du représentant des salariés
Audience du Tribunal de Commerce, mardi 7 mars 2006
Depuis que le tribunal a placé Lyon Capitale en redressement judicaire, l'ensemble des salariés s'est mobilisé pour poursuivre l'activité, éditer l'hebdomadaire et le journal du match, faire rentrer de l'argent dans les caisses du journal. Dans un contexte difficile et sans management ni direction.

1. Les salariés

Ainsi, tous les salariés ont fait preuve de courage, de solidarité et d'imagination pour trouver sans cesse des solutions. Il n'y a eu aucune démotivation. Même de la part de ceux qui ont compris à la lecture des projets de reprise, qu'ils ne seraient pas repris. Car au-delà des cas individuels, il s'agit pour l'ensemble des salariés d'assurer la pérennité d'une entreprise et des valeurs partagées par tous. C'est-à-dire pour notre journal, un combat pour une presse indépendante de qualité.

2. La période d'observation

Pendant toute cette période, les salariés ont tenu bon. Nous avons été dans une sorte d'autogestion et cela s'est plutôt bien passé malgré l'incertitude de la période que nous venons de traverser :

- Le CA publicité réalisé en janvier 2006 est tout à fait normal, presque identique au CA publicité réalisé en janvier 2005.

- Ce CA serait suffisant pour réaliser le prévisionnel - à l'équilibre - proposé par X.Ellie dans le cadre de son plan.

- Ainsi, pendant cette période, nous avons non seulement conservé la confiance des annonceurs mais ceux-ci nous ont même assuré de leur volonté de poursuivre leur collaboration avec le journal.

- De surcroît, Lyon Capitale a poursuivi ses efforts en matière de partenariat :

- renouvellement en cours pour les nuits sonores, la biennale de la danse, la semaine de la langue française avec le Ministère de la Culture et de la Communication

- prospection sur de nouveaux projets.

Ces résultats encourageants ont pu être obtenu grâce à l'implication et au professionnalisme des salariés de Lyon Capitale et alors même que :

- la PDG n'a pas mis les pieds dans nos locaux ce qui constitue un acte de désertion et d'irresponsabilité,

- l'actionnaire majoritaire tient peut-être des grands discours sur l'entreprise, son éthique ou son "capital humain" mais il nous a lâchement abandonné.

A titre d'exemple :

- Evolem a refusé d'avancer 3.000 euros pour ne pas perdre un contrat vital pour l'avenir de l'entreprise (Le Journal du Match),

- Evolem, qui souhaitait depuis le début la liquidation judiciaire a continué, à travers ses communiqués, à dénigrer la société et ses anciens dirigeants et déstabiliser l'équipe,

Ainsi, si l'hebdomadaire a pu sortir, c'est uniquement grâce aux salariés de la société qui se sont impliqués jusqu'au bout pour assurer la pérennité de l'entreprise.

L'implication des salariés n'a été possible que parce qu'ils ont toujours été convaincus que le journal devait continuer à vivre et que l'offre déposée par X. Ellie le permettait tout en conservant la ligne éditoriale.

3. Les offres

Les 2 offres déposées appellent, de la part des salariés les observations suivantes : des deux offres de reprises présentées, seule celle de Xavier Ellie nous paraît de toute évidence assurer la pérennité de la société et respecter son code génétique.

En effet :

- L'offre liquidative de Fernand Galula a une démarche purement liquidative : elle consiste à absorber un concurrent, et à le faire disparaître.

Cette offre liquidative n'est pas acceptable puisqu'elle va à l'encontre de tous les efforts déployés depuis deux mois par les salariés démontrant que la poursuite de l'activité était possible.

Cette offre est déposée par :

- Un candidat qui a déclaré, il y a deux mois enregistrer, au sein de son journal "Tribune de Lyon" (créé en septembre 2005), des "pertes abyssales" et être "au bord du dépôt de bilan".

- Un candidat qui procède d'ailleurs actuellement à des licenciements économiques, notamment de journalistes.

- L'ambiance au sein de son journal est déplorable et les salariés de Lyon Capitale pressentis pour le rejoindre sont très réticents voire carrément hostiles à une telle perspective.

On comprend difficilement comment celui-ci peut aujourd'hui sans ciller proposer de reprendre 10 salariés alors qu'il a licencié un tiers des effectifs de journalistes après 3 mois d'activité et qu'il a demandé aux autres d'accepter des diminutions de salaire alors qu'il avait promis publiquement qu'il tiendrait trois ans avec la même équipe et aux mêmes conditions (en plus de ces licenciements, 5 personnes seraient parties de leur propre chef).

Ainsi, on comprend difficilement comment le tribunal pourrait retenir l'offre liquidative d'une société très mal en point qui n'a absolument pas fait ses preuves et qui enregistre, du propre aveu de son dirigeant et propriétaire, de telles pertes.

Enfin, il existe un réel désaccord entre Lyon Capitale et Monsieur Galula, ce qui avait d'ailleurs conduit les fondateurs de Lyon Capitale à s'opposer à deux reprises à son entrée au capital de la société en 1995 et 2004. Ils étaient alors bien conscients qu'il s'agirait d'une alliance contre-nature tant la conception même du métier de journaliste diverge. Ce que veut Monsieur Galula, c'est une presse qui ne fâche personne et surtout pas les pouvoirs en place. Je vous rappelle que la rédaction de Tribune de Lyon s'est mise en grève pour protester contre la censure d'un article défavorable au maire de Lyon dont leur patron est un proche. Au contraire, Lyon Capitale n'a qu'un souhait : faire son travail de journaliste en toute responsabilité et indépendance. La démocratie a besoin de journaux qui n'instrumentalisent pas l'information et recherchent le débat et la confrontation des idées ce que Lyon Capitale essaye de faire depuis 11 ans.

En conclusion, attribuer le journal à Monsieur Galula c'est aller contre le pluralisme de la presse, étrangler l'indépendance de la presse dans une ville qui en a bien besoin et dans une période qui s'annonce chargée en évènements politiques et sociaux.

En conséquence, l'offre liquidative de Monsieur Galula n'est pas une offre d'entreprise et ne répond pas aux objectifs fixés par la loi à savoir "assurer (dans les meilleures conditions et) le plus durablement l'emploi attaché à l'ensemble cédé (...)." .

- L'offre de Monsieur ELLIE : dans son offre il propose la continuité de l'entreprise puisqu'il reprend 12 salariés et s'engage de consacrer une somme significative par mois pour des correspondants, ce qui représente un volet de piges qui permettrait de solliciter l'équivalent de 4 ou 5 journalistes à temps plein ; il souscrit également à la ligne éditoriale du journal lorsqu'il parle d'un "hebdomadaire au ton incisif, parfois même décalé par rapport aux autres médias institutionnels".

Les salariés ont confiance en Xavier Ellie et son offre ; la plupart d'entre eux le connaissent puisqu'en tant que PDG du Progrès il a été notre actionnaire de référence pendant plusieurs années. Il a fait preuve d'une tempérance et d'une capacité exemplaire de résistance aux pressions. Il s'est toujours porté garant de l'indépendance de notre journal. Il connaît très bien la profession et a présidé le syndicat de la presse quotidienne parisienne et la fédération nationale de la presse française ; il dispose de contacts professionnels essentiels dans tous les journaux français, une expérience, des savoirs et une compétence - en matière de presse aussi bien qu'en économie - qui nous paraît rassurante et extrêmement précieuse.

Son projet est certes austère mais il est réaliste et offre au journal une vraie opportunité de continuité. Pour les salariés, cette offre apporte l'essentiel : du sens et des valeurs, elle s'inscrit dans la durée. Surtout, elle nous permet tout simplement d'exercer notre métier, de faire un journal d'information citoyen, impliqué dans la cité qui ne soit à la solde de personne.

Les salariés sont convaincus qu'il vaut mieux une offre austère mais réaliste plutôt que des promesses extravagantes et intenables.

Par ailleurs, il promet d'apporter une somme conséquente en compte-courant ce qui démontre bien son intention de mener à bien son projet dans la continuité. Enfin, celui-ci propose de reprendre l'ensemble des abonnements ce qui constitue un gage capital de la volonté de X.Ellie de s'inscrire dans la continuité en respectant le contrat de Lyon Capitale avec ses lecteurs.

Si nous avons la chance de poursuivre cette aventure de presse qui dure depuis plus de dix ans, Lyon Capitale ne sera pas un journal de vengeance ou de repentance - nous n'aurons aucun compte à régler, juste le devoir et le plaisir de faire notre métier et l'envie d'aller de l'avant et de reconquérir de nouveaux lecteurs.

EN CONCLUSION, les salariés souscrivent pleinement à l'offre de Xavier Ellie et pas du tout à celle de M. Galula. Bien plus, si les salariés se sont autant investis tout au long de cette période (même ceux qui savaient ne pas être dans le périmètre de la reprise), c'est parce qu'ils savaient qu'il y avait une chance pour que le journal continue à exister et à s'impliquer dans la cité. M. Xavier Ellie a pris la mesure de son projet en rencontrant l'ensemble des salariés qu'il a voulu associer individuellement au projet de reprise.

Au contraire, si l'offre liquidative de Galula était retenue :

- Cela entraînerait vraisemblablement des mouvements sociaux compte tenu de l'hostilité de l'ensemble des salariés à l'égard de F. Galula,

- Celui-ci ne pourra vraisemblablement pas tenir ses promesses puisque son journal est déjà dans une situation difficile et qu'il faut même se demander si son journal n'est pas en état de cessation des paiements,

- Cela signifie que les deux mois de période d'observation n'auraient servi à rien et surtout cela signe l'arrêt de mort du journal,

- Que le tribunal préfère une offre qui entraîne une liquidation du journal plutôt qu'une offre qui permet la préservation de l'emploi et la poursuite d'un journal,

- Cela viserait uniquement à préserver les intérêts du candidat qui la dépose à savoir l'élimination d'un concurrent mais ne présenterait aucun projet d'entreprise (celui-ci n'explique même pas ce qu'il entend faire des personnes reprises, du titre du journal qui constitue le principal actif).

Sur les deux offres, il y a d'un côté un projet d'entreprise et de l'autre une offre liquidative.

Enfin, les salariés ne peuvent que déplorer que depuis quelques jours des pressions soient exercées afin que l'offre liquidative de M. Galula soit retenue (voir articles dans Lyon Mag, Tribune de Lyon, discrédit porté sur JO Arfeuillère et Xavier Ellie etc) alors que de leur côté, les salariés font le maximum pour que le journal vive.



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