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Déclaration du représentant des salariés
mardi 10 janvier 2006

Les 27 salariés,12 correspondants de presse et deux photographes de Lyon Capitale souhaitent, par la voix de leur représentant, attirer l'attention du Tribunal de Commerce et du Procureur de la République sur un certain nombre d'éléments.

En effet, la nouvelle direction de la société Lyon Capitale, par l'intermédiaire d'Evolem et d'Isabelle Grosmaître, la nouvelle PDG, tente d'imputer la responsabilité du dépôt de bilan aux salariés de la société.

Cette affirmation est fausse et jette le discrédit sur une équipe particulièrement motivée et impliquée dans la société.

Pour nous, ce dépôt de bilan a été orchestré et précipité par la nouvelle direction et l'actionnaire majoritaire. Il apparaît fondamentalement comme un acte ultime de censure : on saborde un journal à défaut d'avoir pu faire plier la rédaction.

L'arrivée du nouvel actionnaire et ses promesses

Fin août 2005, notre PDG Jean-Olivier Arfeuillère nous présente le nouvel actionnaire, monsieur Bruno Rousset.

Bruno Rousset nous convainc rapidement, par ses déclarations, qu'il adhère à la ligne éditoriale du journal et entend préserver l'indépendance rédactionnelle. Il affiche de très grandes ambitions puisqu'il assure alors vouloir faire de Lyon Capitale "le premier groupe de presse régional" et entend multiplier par 10 le chiffre d'affaires de la société en 5 ans.

Les déclarations de Bruno Rousset convainquent rapidement l'ensemble des salariés de la société que le nouvel actionnaire sera conforme à l'éthique du journal et, je cite, à "son code génétique". Tout cela donne des ailes à l'ensemble de l'équipe qui s'engage avec énergie dans une dynamique de développement. Deux nouveaux titres sont créés dès l'automne avec l'accord de notre nouvel actionnaire : Week-end à Lyon et Le Journal du match, journal officiel de l'Olympique Lyonnais.

Nous nous engageons tous dans le plan de développement très ambitieux élaboré par Evolem, lequel plan prévoit d'inévitables augmentations de charges et impose une surcharge de travail à laquelle nous nous plions avec enthousiasme.

Les déclarations de Patrick Bertrand et les pressions exercées sur Bruno Rousset

En octobre 2005, le vice-président du Grand-Lyon aux délégations de service public, Patrick Bertrand, démissionne en déclarant qu'il n'a "pas envie de jouer plus longtemps les guignols sur des marchés de concession que je pense pipé". Lyon Capitale lui consacre un entretien, enquête sur ses dires et constate, en effet, des anomalies dans l'attribution des marchés. Lyon Capitale met notamment en lumière une possible entente sur les marchés de voirie, l'attribution étrange du marché de chauffage et les négociations entre le maire Gérard Collomb et Olivier Ginon (GL Events) destinée à octroyer à ce dernier un quasi-monopole sur les salles de congrès à Lyon (Eurexpo, Palais des congrès, salle 3000, Sucrière...)

En réponse, le maire Gérard Collomb entreprend, ainsi qu'il l'a admis publiquement, une guerre économique à l'encontre de Lyon Capitale puisqu'il interdit à ses services de Lyon et du Grand-Lyon d'acheter le moindre espace publicitaire dans le journal.

Dans le Progrès du 17 décembre, il reconnaît : "Oui j'ai supprimé les budgets de la ville à Lyon Capitale".

Des pressions seraient par ailleurs exercées sur Bruno Rousset afin de mettre au pli la rédaction du journal, comme le précise le quotidien "Le Monde" dans son article du 16 décembre 2005 : "Mécontent des révélations faites par l'hebdomadaire Lyon Capitale, le maire de Lyon, Gérard Collomb, aurait demandé la tête du fondateur du journal Jean-Olivier Arfeuillère (...) L'éviction de M. Arfeuillère prend des allures politiques à Lyon (...) Quelques temps avant, le socialiste Gérard Collomb avait rencontré dans son bureau le patron d'April. Le maire qui entretient avec les milieux économiques d'excellentes relations a reconnu avoir demandé à quelques chefs d'entreprise emblématiques locaux de convaincre Bruno Rousset de cesser de jouer "contre les intérêts de Lyon"".

L'éviction de notre PDG Jean-Olivier Arfeuillère

Le 14 décembre, nous apprenons que notre dirigeant Jean-Olivier Arfeuillère est révoqué de ses fonctions de PDG. Madame Isabelle Grosmaître est nommée à sa place.

Celle-ci, précédemment responsable du marketing, ne connaît rien a la presse.

Pire, elle se répand sur les fautes de gestion qui auraient été commises par notre ancien dirigeant, les qualifiant même d'abus de bien social.

L'ensemble de la rédaction se sent trahie et pressent que cette éviction n'a pour but que de brider sa liberté d'expression. La réaction est immédiate et l'ensemble des salariés de la société se mobilise pour solliciter la réintégration immédiate de son ancien PDG Jean-Olivier Arfeuillère, seul garant de la liberté rédactionnelle du journal.

Le nouvel actionnaire, Bruno Rousset refuse et se contente, a l'instar de la nouvelle dirigeante, d'accuser l'ancien dirigeant de malversations.

La nouvelle PDG, Mme Isabelle Grosmaître

Malgré ce climat difficile, la rédaction sort Le Journal du Match du 16 décembre ainsi que le mensuel.

Pour ce qui concerne l'hebdomadaire, la nouvelle dirigeante, qui statutairement, remplit également les fonctions de directrice de la publication, assure les journalistes qu'ils conservent leur liberté rédactionnelle. Elle ne tient pas ses promesses puisqu'elle décide de censurer le journal.

L'édition du 20 décembre de Lyon Capitale est donc censurée, pour la première fois de son histoire pourtant riche en pressions et tentatives de censure.

Isabelle Grosmaître va même jusqu'à mettre à pied notre rédacteur en chef, Monsieur Philippe Chaslot et le convoque le 3 janvier a un entretien préalable a son licenciement.

La "purge éditoriale" se poursuit, selon l'expression reprise par le Journal Le Monde du 4 janvier 2006.

Pire, dans la nuit du 20 au 21 décembre 2005, Mme Isabelle Grosmaître fracture les armoires de la comptable pour, selon ses dires, "mettre les comptes à l'abri". Par cet acte, particulièrement violent et traumatisant pour la comptable et le personnel, elle manifeste clairement sa défiance à l'égard de l'ensemble des salariés de la société.

En réalité, madame Isabelle Grosmaître, qui n'est quasiment jamais présente au sein de la société, perturbe gravement le fonctionnement de l'entreprise, puisqu'elle seule peut signer les ordres de parution des annonces légales, émettre des chèques etc.

Pour la joindre, il nous faut lui adresser des e-mails, des fax voire des lettres recommandées au siège d'Evolem, où elle s'est repliée. Cette vacance du pouvoir, manifeste depuis le 14 décembre, désorganise profondément la société.

De surcroît, les déclarations de notre nouvelle PDG et de l'actionnaire majoritaire Evolem dans la presse jettent le discrédit sur le personnel et sur l'ancienne direction et dénigrent les résultats de la société. Cela nous choque profondément car jamais, même au plus fort de la crise, nous n'avons nui à l'activité de la société ni nous n'avons dénigré une entreprise à laquelle nous sommes très attachés, certains depuis l'origine. Les sept fondateurs étaient encore salariés de la société le mois dernier.

La situation actuelle

Depuis quelques jours, nous avons appris que la nouvelle dirigeante avait déposé le bilan de la société. Depuis cette annonce, l'ensemble du personnel se mobilise pour que l'activité continue, conforté par la perspective de trouver un nouvel actionnaire plus conforme à son éthique.

Plusieurs repreneurs sérieux ont en effet manifesté clairement leur intérêt pour Lyon Capitale et son équipe. Pourtant, alors que l'ensemble du personnel s'est mobilisé pour que l'hebdomadaire Lyon Capitale du 10 janvier et le 4e numéro du Journal du match soient réalisés et que nos lecteurs et nos annonceurs ne soient pas privés de leurs journaux, la nouvelle direction du journal a exercé une nouvelle censure.

Invoquant l'état de cessation de paiement, Isabelle Grosmaître a refusé d'imprimer les éditions, hypothéquant encore davantage la poursuite ou la reprise de l'activité.

Les dépenses en jeu étaient pourtant minimes (3200 euros auraient été nécessaires à l'impression de l'hebdomadaire en pagination réduite) et couvertes par un chiffre d'affaire publicitaire plus de deux fois supérieur à cette somme.

Par ailleurs, les salariés avaient fait des propositions permettant de sortir l'une des éditions, Le Journal du Match, qui n'ont pas abouti. Enfin, je souhaite attirer votre attention sur le mépris dans lequel la nouvelle direction tient le personnel de l'entreprise.

Dernier exemple en date du lundi 9 janvier, Mme Isabelle Grosmaître a informé les correspondants du fait qu'ils ne seraient pas payés au mois de décembre puisque leurs traitements ne seraient pas pris en charge par les AGS mais considérés comme des créances de fournisseurs. Or, non seulement les sommes sont très minimes ­ le montant est de 6230 euros en décembre - mais elles représentent parfois la seule source de revenus de personnes souvent en situation difficile.

Ce statut précaire est celui de 12 journalistes collaborant très régulièrement avec la société. Nous espérons vivement que, comme en font état des informations circulant à cet égard, la nouvelle direction n'a pas privilégié, au versement des traitements des personnels les plus précaires, le règlement de factures à des tiers, de type frais d'avocats ou expertises comptables, qui n'ont pas ce caractère vital/d'urgence. Aujourd'hui, face à cette situation et à l'acharnement mis par notre actionnaire à détruire l'entreprise, nous n'avons que des interrogations à formuler :

- Comment se fait-il qu'un nouvel actionnaire - une société de capital risque dont la prise de participation dans des sociétés est le métie - qui se déclare lors de l'acquisition, parfaitement au courant de la situation financière et comptable de l'entreprise, jette l'éponge moins de trois mois après son arrivée et déclare avoir été berné ?

- Comment se fait-il qu'alors qu'un plan de développement très ambitieux vient tout juste d'être esquissé, il opère un revirement total ?

- Comment se fait-il que la lune de miel ait tournée si subitement au cauchemar ?

Pour nous, il s'agit du choix délibéré de précipiter la perte d'une entreprise de presse dont le principal tort est de se revendiquer "Journal des esprits libres". Tout le monde sait bien que choix obéit avant tout à des raisons qui ne sont pas financières.

Pour nous, cette situation était donc évitable, et s'il y avait eu une vraie volonté de la part de l'actionnaire majoritaire, il aurait été possible de poursuivre l'activité.

Devant ce que nous considérons comme une manipulation pour détruire notre journal, les salariés, bien qu'inquiets et surtout profondément choqués restent en état de veille / vigilants.



 
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